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Depuis de nombreuses années, la tendance des entreprises est au décloisonnement des murs et des barrières, à plus d’échanges et d’interactions entre collègues de travail. Le travail collaboratif et l’esprit collectif sont mis en avant. Derrière cette tendance, les entreprises cherchent à faciliter les mouvements des salariés, à faire émerger le sentiment d’appartenance à une communauté, à améliorer la communication et les relations et enfin à développer la créativité et la performance collaborative.

Aujourd’hui, les politiques d’entreprises jouent la carte de la séduction en proposant des espaces de détente (baby-foot, salle de sport, etc..) et vénèrent la dynamique collaborative. Ils sont convaincus que plus de réflexion collective et plus d’interactions sociales est la combinaison gagnante pour plus de performance et d’épanouissement au travail. Et si pour des introvertis, ils se trompaient ?

L’open-space plus « out » que « in » ?

 

La principale caractéristique d’un introverti est le besoin de solitude pour retrouver de l’énergie. C’est lorsque l’on se retrouve seul que l’on est capable de donner le meilleur de soi-même. Au contraire, l’hyper-stimulation sociale nuit au bien-être et à la créativité, à la performance et à la concentration des introvertis. Alors, imaginez un introverti dans un open-space ?

 

 

Un introverti a besoin de calme pour travailler

 

Un introverti est de nature sensible. Les téléphones qui sonnent, les collègues qui chuchotent, les éclats de rire, les allées et venues des uns et des autres, la chaleur humaine, les interruptions régulières des collègues ; tout ceci vient entraver sa performance et son efficacité.

Mais si vous pensez que ce tableau plus noir que blanc n’est valable que pour les introvertis, détrompez-vous. D’après une étude, 37% des collaborateurs attribuent une note inférieure aux open-spaces (Baromètre OpinionWay pour CD&B, 2017). Les deux principaux critères reprochés sont : difficulté de concentration et augmentation du stress.

Ce n’est pas parce que nos amis extravertis sont plus à l’aise en communauté qu’ils sont plus performants et productifs en open-space que leurs homologues introvertis. Ils sont plus dissipés et sont tentés de papoter avec leurs collègues.

 

L’environnement de travail est à prendre en compte quand on postule à un job

 

Si vous envisagez de postuler dans une autre boite ou bien de vous reconvertir, l’environnement de travail est un point très important à prendre en compte. En tant qu’introverti, il ne faut pas hésiter à demander à voir les locaux, l’espace de travail et questionner le recruteur sur les modes de travail. La bonne nouvelle est que depuis la loi Travail adoptée en 2017, le télétravail est un droit pour le salarié. Si votre activité vous permet d’en bénéficier, c’est une option à privilégier.

Si je prends mon exemple : je travaillais dans un petit open-space avec deux collègues. Nos bureaux étaient pour ainsi dire collés. J’avais constamment en face de moi la tête de ma responsable. Je pivotais ma tête et j’avais celle de ma collègue. Sans compter les va et viens permanent dans notre service, les conversations téléphoniques et le froid qui perturbaient encore plus ma concentration (surtout le froid !).

Les locaux étaient très beaux, mais je ne me sentais pas bien. Comme si je n’arrivais pas à être en pleine capacité de mon potentiel. Avec du recul, je sais aujourd’hui que j’avais aussi des difficultés à donner le meilleur de moi-même parce que le droit ne m’intéressait pas tant que ça. Mais toujours est-il que je peux certifier que dès que j’étais en télétravail, j’étais bien plus concentrée et productive. Bien au chaud, au calme sous un plaid douillet, voilà ce qui était pour moi de bonnes conditions de travail.

 

La mode des « groupes de travail » partout et pour tout (et surtout pour n’importe quoi)

 

Il y a une fâcheuse tendance à constituer des groupes de travail ou des brainstorming pour tout et rien : l’aménagement des nouveaux bureaux, la politique de rémunération, le bonheur au travail, la nouvelle organisation et politique de la RH, etc… Je suis sûre que tous ceux qui travaillent en entreprise voient très bien de quoi je parle.

Ces groupes de travail vont du sujet le plus technique au plus généraliste, comme une nouvelle orientation. En tant qu’introvertie, je n’avais aucune envie de rejoindre un groupe de travail. Je n’étais pas à l’aise en groupe et encore moins quand il s’agissait d’activer mes neurones et d’échanger des idées. Je trouvais cette fichue manière de travailler inefficace.  Mais voilà, je n’avais pas le choix, il fallait que je m’y mette.

 

Le travail collaboratif nuit à la créativité du travailleur introverti

 

Quand on est introverti, travailler en mode collaboratif ne peut être intéressant qu’en fin de processus. Je m’explique à travers un exemple :  un groupe de travail est créé pour repenser l’organisation et la politique du service technique. La première étape est la réflexion et la proposition de nouvelles idées.

Or, comment être créatif et innovant si l’on se retrouve au milieu d’un groupe de personnes ? Pour laisser s’exprimer sa créativité, l’introverti a besoin de calme, de solitude et de temps. Il va analyser, décortiquer dans le détail ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné par le passé. Puis, des idées vont émerger.

Cependant, au milieu de ce groupe, il va être déconcentré et perturbé par la vivacité des échanges.

De plus, si parmi les membres du groupe il y a des extravertis, ce sont eux qui vont prendre les rênes. Ils vont naturellement imposer leurs idées sans forcément entendre celles des autres. Ils vont être dans l’action permanente. Demandez-leur en plus de réfléchir sur un sujet qu’ils ne maîtrisent pas. Il y a fort à parier que leur audace et leur soif de risque et de reconnaissance les poussent à relever le défi et à ne pas se retirer par manque d’expertise. Audacieux certes, mais parfois risqué.

 

Réfléchir seul(e) à des idées, les communiquer par écrit aux membres de l’équipe, puis convaincre lors de la prochaine réunion

 

Comme je le disais, là où il me semble que le groupe de travail est intéressant, c’est en fin de processus. Un introverti qui aura bûché seul dans son coin et qui aura présenté ses idées par écrit (il est toujours plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral), pourra mettre au service du collectif sa vraie valeur ajoutée. Il pourra ensuite ré-exposer et argumenter ses idées lors de la prochaine réunion. Encore faut-il qu’il aime ce qu’il fait pour arriver à convaincre à l’oral son auditoire. Si ce n’est pas le cas, il y a de fortes probabilités que son collègue extraverti soit plus convaincant lors du brainstorming même si l’idée du collaborateur introverti est la meilleure à suivre…

En conclusion

Vous l’aurez compris, ce n’est pas moi qui vais faire l’éloge du travail collaboratif et de l’open-space. En tant qu’introverti, ce n’est pas l’idéal et ces méthodes nuisent à notre créativité et à notre efficacité et donc au bout du compte à la performance et à la rentabilité de l’entreprise.

Si vous êtes introverti, prenez soin de vérifier les conditions de travail de l’entreprise où vous comptez postuler et les pratiques de travail. Si vous êtes en pleine reconversion, pensez à prendre ce paramètre en compte dans votre réflexion.

Je termine par un  » C’est quoi la question ? «  : Qu’est-ce que vous détestez le plus dans le fait de bosser dans un open-space ? Les réponses les plus farfelues sont évidemment les bienvenues ! Je me ferai un plaisir de lire vos réponses en commentaires.

Passionnée par le développement personnel, la psychologie introvertie, l’entrepreneuriat et le monde du travail, j’accompagne les jeunes actifs débutants désireux de se reconvertir et les profils introvertis à découvrir les facettes de leur personnalité et leurs modes de fonctionnement pour être plus épanouis. Je mets également en avant mon goût pour l’écriture en proposant des articles destinés à inspirer et à aider mes deux audiences.