Temps de lecture : 10 minutes
Facebook
Google+
https://www.soniavalente.com/si-cetait-a-refaire-je-ne-ferais-surtout-pas-detudes-de-droit">
Twitter
LinkedIn

Cinq ans d’études c’est long. Mais alors cinq ans d’études en droit, c’était pour moi très long. Encore aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu étudier le droit sans l’envie. J’étais peut-être tout simplement folle.

À dire vrai, je crois que je préfère me dire que c’est la folie plutôt que la stupidité qui m’a fait tenir.

Je me souviens encore de ce jour où en Terminale ES, je devais faire mes choix d’orientation post bac. Le professeur principal avait insisté sur l’importance de bien réfléchir à ses choix.

« Il s’agit de votre avenir », avait-il dit sur un ton solennel et grave. Comme si se planter aurait des conséquences irréversibles.

Mais comment choisir quand on n’a pas de véritable vocation ou passion ?

Déjà que choisir entre la spécialité langue étrangère ou éco était compliqué.. Alors décider de mon orientation, de mon avenir avec un grand A, était comme choisir entre regarder que le premier épisode de toutes les séries Netflix ou que l’intégralité d’une seule série toute ma vie ^^

Pourtant, j’en ai arpenté des salons de l’orientation et des métiers. J’en ai lu des bouquins. Mais, il n’y avait rien qui me faisait véritablement envie.

Pas de coup de cœur ou d’évidence.

Ce genre d’évidence où vous vous dites « ah ouais, c’est ça que je veux faire ! ».

Je n’avais pas non plus de modèle qui m’inspirait. Ni dans ma famille ni dans la vie publique. D’ailleurs, étant petite, je changeais toujours de point de vue. Un coup, je voulais être astronaute, après je voulais être scénariste, puis ensuite serveuse ! Bon c’est vrai j’avoue que j’avais une préférence pour être scénariste…

En revanche, ce qui n’avait jamais changé, c’était que je voulais être mon propre patron.

Patron, ça existe ça comme métier ?

La fac de droit, un choix par défaut

J’ai atterri en fac de droit un peu par hasard. Mes choix d’orientation s’étaient portés sur le domaine des RH et de la psychologie.

J’ai écarté le premier parce que les écoles de commerce étaient bien trop chères pour mes parents (et ils avaient entièrement raison). Puis le second parce que le bruit courait que la fac de psycho, c’était de la branlette pour les fainéants.

« Va en fac de droit ! », me disaient mon professeur et mon conseiller d’orientation. « La fac de droit va t’ouvrir plein de portes et avec ça, tu pourras faire ce que tu veux ».

Mais comment j’ai pu croire à ces conneries, sérieusement ?

Non Sonia, c’est à cause de la folie, tu n’étais pas stupide !

Enfin, j’essaie de me convaincre.

La fac de droit est une représentation des différentes classes sociales

  1. Ca y’est, j’y étais. Le Saint Graal universitaire. Le ticket gagnant pour des études supérieures de prestige pour certains.

Pour moi, c’était le ticket qui allait m’enfoncer dans les années les plus difficiles et les plus déprimantes de ma vie. Rien qu’en y pensant aujourd’hui, j’en ai un haut-le-cœur.

Presque la gerbe.

Certains trouveront mes propos exagérés.

D’autres se diront pourquoi avoir continué les études de droit jusqu’au Master si c’était si horrible que ça ?

La folie, je vous dis !

J’étais une étudiante studieuse. J’avais une étrange obsession pour la réussite et ce, même si je n’aimais pas ce que je faisais. À la fin de ma deuxième année de droit, j’ai fini par me dire que les profs avaient peut-être raison. Ce n’était pas le kif, mais si je décrochais une licence et un Master en droit, je n’aurais plus qu’à choisir où je voudrais bosser.

Qu’à choisir, ben voyons..! Naïve !

La réalité était tout autre et je m’en suis vite rendu compte. La fac de droit, c’est comme un État où les différentes classes sociales sont représentées. Tout d’abord, il y a la classe supérieure constituée « des filles et des fils de ». Ce sont tous les étudiants qui ont au moins un membre de leur famille qui est avocat, huissier ou DRH d’un groupe international.

Puis, la classe moyenne. Ceux qui viennent d’une famille aisée sans lien avec le monde juridique, mais qui jouissent tout de même d’un beau réseau leur permettant d’entrer dans le club très privé des professionnels du droit.

Et enfin, il y a les autres. Ceux qui viennent de familles d’ouvriers, des étudiants étrangers. Bref, tous les autres qui ne disposent d’aucun privilège. Je faisais partie de cette dernière catégorie.

 

Les étudiants n’ont pas tous les mêmes chances de réussite

En fac de droit, les inégalités des chances règnent. En tout cas, à l’époque où j’étais étudiante. Décrocher un stage non rémunéré, c’était comme gagner au casino. J’ai pourtant tenté. Ah ça oui ! J’en ai envoyé des CV et des lettres de motivation, j’en ai passé des coups de fil.

Mais à chaque fois j’avais droit à la même réponse :  » Vous n’avez pas d’expérience malheureusement « .

 » Mais comment tu veux que j’aie de l’expérience conna*** ! C’est précisément le but d’un stage ! Acquérir de l’expérience « .

Évidemment, je n’aie jamais répondu ça. Mais alors je l’ai pensé très très fort ! Il fallait que j’ai de l’expérience pour être le larbin d’un avocat. Sans blague…

Je n’ai jamais réussi à décrocher un stage sans piston. J’en ai réalisé que deux. Le premier était un contact d’un contact à mon père. Un petit cabinet d’avocat. Le second était un stage de fin d’études de Master 2. Une ancienne étudiante qui intervenait, recherchait un stagiaire. Personne ne voulait être candidat. En même temps, l’offre ne vendait franchement pas du rêve.

La fac m’a transformée en robot et j’ai perdu ma joie

Pendant ces cinq années, ma vie se résumait à travailler. Je n’ai jamais autant bûché et c’était vraiment difficile. Peut-être même plus difficile parce que je ne prenais pas de plaisir à étudier le droit. Je continuais avec pour seul objectif de finir ces foutues études.

Puis avec le temps, j’ai même fini par me convaincre que j’aimais le droit.

Tout arrêter et recommencer à zéro m’a évidemment traversé l’esprit.

Mais pour faire quoi ?

Je n’avais aucune idée de ce qui me plaisait ! Et j’avais surtout perdu confiance en moi et en l’avenir. Tout me semblait si compliqué.

Après tout, comme je l’ai entendu de nombreuses fois, le travail ce n’est pas fait pour s’amuser, n’est-ce pas ?

Ben pourquoi pas ? Le travail est-il incompatible avec la notion de plaisir ?

J’étais focus sur les textes de loi, les arrêts de jurisprudence, les actualités législatives. Je ne faisais rien d’autre parce que je n’arrivais pas à faire autre chose.

La fac de droit m’a transformée en une espèce de robot qui mange et dort droit. J’avais l’impression que la faculté était en train de me déshumaniser.

Ma vision du monde du travail devenait de plus en plus pessimiste.

Même ma façon d’écrire était si formelle, qu’aucune émotion ne transparaissait.

Je sombrais petit à petit dans une version obscure de moi-même. J’avais petit à petit perdu toute ma joie.

Je ne riais plus, je ne sortais plus.

Mon expérience d’étudiante était bien loin du cliché de ce que l’on pouvait voir dans les écoles de commerce (soirées étudiantes à gogo !). Encore aujourd’hui, je me demande pourquoi je n’ai pas arrêté plus tôt. Je pense que j’étais dans une spirale si dévalorisante que je pensais que je ne trouverais aucun plaisir dans une autre voie.

 

Le juridique m’a dégoûtée du monde du travail

J’ai choisi de me spécialiser en droit du travail. La branche du droit privé qui me parlait le plus. Je ne voulais pas être avocate ou juge. Juste juriste dans une entreprise. L’unique stage que j’avais réalisé en cabinet d’avocat ne m’avait pas séduite. Et les retours que j’avais de mes camarades de promo confirmaient mon choix.

Je n’adhérais pas à la vision du travail des cabinets d’avocats. Tirer sur la corde sensible, mettre la pression, exiger des heures de travail impensables pour tester les limites des stagiaires. Et en plus continuer à les traiter de cette manière une fois salariés ? Tout ça pour un salaire de merde, des heures supplémentaires non payées et aucune reconnaissance ?

Je sais que je fais une généralité. Il existe certainement des cabinets qui sont respectueux de l’apprentissage et de leurs stagiaires. Mais où sont-ils ?

Dans le secteur juridique, le monde du travail est une véritable farce dont je refusais d’être une victime de plus.

Les professionnels du droit. Ceux-là mêmes qui sont représentants des lois et se doivent à ce titre de montrer l’exemple, étaient les premiers à bafouer toutes les règles. Ils s’estimaient au-dessus des lois.

Bosser dans ce genre de grands cabinets, un prestige ? Certainement pas pour moi. Et je précise que ce n’est pas un discours d’ancienne juriste jalouse. Je n’ai jamais envié mais camarades de promo qui faisaient un stage dans un cabinet de prestige. Est-ce que si j’avais vraiment aimé le droit, j’aurais été jalouse ? Non plus, car mes valeurs et ma vision du travail sont différentes.

 

Ce que m’aura appris la fac de droit ?

Concrètement, peu de choses…

Connaitre l’arrêt de la jurisprudence de la Cour de cassation de je ne sais quand et l’article du Code machin est un apprentissage inefficace. Ce n’est pas ça qui va me faire avancer dans la vie sauf peut-être dans des cas exceptionnels.

Il est vrai que ces cinq années m’ont  appris des choses importantes sur moi.

Je suis autonome, disciplinée et organisée. La faculté demande une vraie rigueur. Vous vous autogérez. Personne n’est là pour vous encourager ou pour vous rappeler que vous devez rendre votre dissertation ou réviser vos examens. Il faut être persévérant et courageux.

J’ai également développé une capacité d’analyse et de synthèse qui me permet de lire rapidement et de retenir l’idée essentielle d’un sujet et de l’expliquer à n’importe qui. Enfin, j’ai des capacités de concentration très élevées.

Cependant, j’aurai très bien pu découvrir et développer ces ressources sans passer par la fac.

 

J’ai quitté mon job de juriste, j’ai retrouvé ma liberté et j’ai appris bien plus de choses en un an qu’en cinq ans d’études

J’ai réussi à décrocher un job de juriste sans piston (y’a-t-il encore des gens prêts à donner une chance ? Faut croire). Il m’a fallu trois ans pour enfin prendre la décision de me séparer du droit. De dire adieu à cette foutue discipline. Je n’ai pas eu besoin de plan B.

J’appréciais pour la première fois l’incertitude de l’avenir et l’instant présent. Quitter mon job de juriste a été la meilleure décision de ma vie. J’ai appris en un an de chômage bien plus qu’en cinq ans de droit. J’ai lu et je continue à lire (développement personnel, marketing, inspiration, performance, management et leadership ou encore portrait). Je me forme en continue et j’ai acquis de nouvelles compétences (digital, entrepreneuriat, communication, organisation..), puis j’ai écris deux romans. Toutes ces expériences m’ont appris bien plus sur moi : le dépassement de soi, la confiance en soi, l’estime de soi, la patience.

Si je disposais d’une machine à remonter le temps, je ferais différemment. Je n’irai pas en fac de droit. Ce que j’aurais fait à la place, je n’en ai aucune idée.

Je pense que si j’avais eu un chemin différent, je serais arrivée au même point qu’aujourd’hui. J’aurais le même niveau de discipline et de rigueur parce que c’est dans ma personnalité.

Je me serais tout aussi bien débrouillée sans études de droit et je pense même que j’aurais eu une meilleure confiance en moi et une meilleure opinion du monde du travail.

Actuellement, c’est sur un tout autre domaine que je me consacre professionnellement. J’accompagne les actifs qui souhaitent se reconvertir pour enfin prendre plaisir à se lever le matin pour aller bosser et les profils introvertis à découvrir les facettes de leur personnalité et leurs modes de fonctionnement pour être plus épanouis dans une société faite pour les extravertis. J’écris également beaucoup sur ces deux sujets.

 

 

 

PLUS DE CONTENUS ? ABONNE-TOI À LA NEWSLETTER !

Passionnée par le développement personnel, la psychologie introvertie, l’entrepreneuriat et le monde du travail, j’accompagne les jeunes actifs débutants désireux de se reconvertir et les profils introvertis à découvrir les facettes de leur personnalité et leurs modes de fonctionnement pour être plus épanouis. Je mets également en avant mon goût pour l’écriture en proposant des articles destinés à inspirer et à aider mes deux audiences.